L'ibada — adorer Allah dans ce qu'on déteste
Il y a des matins où tu sais exactement ce que les gens pensent de toi.
Tu es à l'arrêt de bus. Pas pour attendre — pour travailler. Les sacs poubelles sont lourds, certains ont crevé pendant la nuit. L'odeur est là avant même que tu t'approches. Tu ramasses. Tu charges.
Certains te dévisagent. D'autres regardent ailleurs — comme si ne pas voir rendait la chose moins réelle. Personne ne dit merci. Personne ne dit rien.
J'ai fait ça pendant trois ans.
L'ibada dans ce qu'on déteste
Le bruit du camion benne qui t'accompagne du matin au soir — ce grondement qui entre dans la tête et qui reste. La pollution. Les odeurs. Les automobilistes qui te doublent en klaxonnant parce qu'ils ne peuvent pas patienter cinq minutes le temps qu'on finisse. Comme si leur retard valait plus que ta sécurité.
Je ne vais pas embellir ça. C'était dur. Physiquement, mentalement.
On parle souvent de l'ibada dans les beaux moments. La prière du Fajr quand la maison est silencieuse. Le Ramadan quand la communauté se rassemble. Les actes faciles, ceux qui ont déjà une saveur.
Personne ne parle de l'ibada dans un camion benne à 6h du matin.
Et pourtant. Allah aime quand tu te donnes dans ton travail. Pas seulement quand l'acte est noble aux yeux des gens. Quand il est utile. Quand il est fait avec soin. Quand tu y mets ce que tu as — même si ce que tu as ce jour-là, c'est juste la volonté de ne pas lâcher.
Ce n'est pas de la résignation. C'est une forme d'adoration que la plupart des gens ne reconnaissent pas.
Ce que le regard des gens ne voit pas
Le regard de dégoût — je l'ai vu. Ce mélange de pitié et de distance. "Je ne pourrais jamais faire ça, moi."
Peut-être. Mais pendant que tu détournes les yeux, la rue est propre. Les enfants qui jouent sur le trottoir ne marchent pas dans les ordures.
Sans lui, les rues s'accumulent. Les trottoirs débordent.
Ce travail-là, invisible, méprisé — il est nécessaire. Et moi je le savais. Pas pour m'en vanter — pour tenir.
Ce qui m'a fait rester
Trois ans, c'est long quand on déteste ce qu'on fait. Le salaire comptait — je ne vais pas prétendre le contraire. Mais le salaire seul ne fait pas tenir trois ans dans un camion benne.
Tout commence par la niyya — l'intention avant le geste.
Ce qui m'a maintenu c'est autre chose. Je savais que mon travail avait un destinataire. Pas juste la ville. Allah mon Seigneur.
Chaque sac ramassé sans en laisser traîner. Chaque bac remis à sa place quand c'était possible. Chaque matin où je me levais malgré tout — je voulais qu'IL soit satisfait de ce que je faisais. Pas les gens. Pas mon chef. LUI.
C'est ça l'ibada. Elle ne demande pas que tu aimes ce que tu fais. Elle demande que tu le fasses bien, pour ALLAH le Très Haut.
C'est peut-être ça la différence entre subir et traverser.