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La niyya — ce que j'ai compris en soufflant du sable

La niyya — ce que j'ai compris en soufflant du sable
Enfant jouant dans le sable dans une aire de jeu — la niyya, l'intention avant le geste

Il y a un bac à sable dans l'aire de jeu.

Les enfants jouent. Le sable déborde — sur le bord, sur le sol autour. Le vent fait le reste. Avec le temps, ça forme une pellicule fine sur le béton. Glissante.

Personne ne le voit. Personne ne le demande. Mais je sais qu'un enfant va courir là-dessus dans une heure.

Alors je prends la souffleuse.

La niyya — avant le geste

Autour de moi, certains collègues retroussent leurs manches. D'autres cherchent à tuer le temps — attendre que ça passe, faire semblant, compter les heures jusqu'à la paye.

Je ne les juge pas. Je me suis demandé honnêtement si moi aussi j'avais eu cette tentation. La réponse c'est oui. Tout le monde l'a.

Mais il y a quelque chose qui change la façon dont on travaille. Pas la paye. Pas le chef qui regarde. Pas la caméra de surveillance.

C'est ce qu'on pose avant de commencer. L'intention.

En arabe, on appelle ça la niyya.

Ce que la niyya n'est pas

La niyya ce n'est pas une formule qu'on récite. Ce n'est pas se convaincre qu'on aime son travail quand ce n'est pas le cas. Ce n'est pas de la pensée positive.

C'est une question simple posée avant de commencer : pour qui je fais ça ?

Ce matin-là, en prenant la souffleuse, je n'ai pas pensé à mon salaire. J'ai pensé à l'enfant. À sa mère qui le regarde courir. À la chute qu'il n'aura pas.

Ce geste invisible — personne ne me l'a demandé, personne ne l'a vu — il avait un destinataire. C'est ça la niyya.

Ce que ça change

Le même travail, fait avec la même énergie, produit quelque chose de différent selon ce qu'on a posé avant.

Deux personnes balaient le même trottoir. L'une attend 17h. L'autre pense au voisin qui va passer là ce soir. Ce n'est pas le même geste — même si ça ressemble exactement à la même chose de l'extérieur.

La niyya ne se voit pas. Mais elle transforme.

Le Prophète ﷺ l'a dit clairement : les actes ne valent que par les intentions. Ce n'est pas une invitation à la passivité — c'est une invitation à donner du sens à ce qu'on fait déjà.

Réparer un trottoir. Souffler du sable. Tailler un arbre pour qu'il ne bloque pas la lumière d'une fenêtre. C'est ce que j'explore dans l'article suivant — l'ibada.

Avec la bonne niyya — c'est bien plus que du travail.